Laurent Tosello : “Villages Nature se construit sur le génie du lieu”

Laurent Tosello : “Villages Nature se construit sur le génie du lieu” - dhc newsEn 2016, s’ouvrira près de Paris un complexe éco-touristique unique en Europe. Sous l’égide des Groupes Pierre & Vacances-Center Parcs et Euro Disney S.C.A., Villages Nature se dote d’un réseau de chaleur alimenté par la géothermie pour couvrir tous ses besoins en chaleur. Explications avec Laurent Tosello, directeur exécutif du projet.

Pouvez-vous nous présenter Villages Nature ?

Villages Nature est une nouvelle destination éco-touristique de courts et moyens séjours, d’envergure européenne. Elle se situe à Marne-la-Vallée, à 32 km de Paris et à proximité de Disneyland® Paris. Son programme comporte environ un millier d’hébergements à son démarrage en 2016 (répartis en hébergements collectifs et individuels) et un ensemble d’équipements récréatifs. L’icône est un centre aquatique, baptisé Aqualagon, d’une superficie de plus d’1 ha et dont l’eau sera à plus de 30°C toute l’année. Villages Nature proposera aussi une ferme pédagogique ainsi qu’une série d’itinéraires au travers d’aménagements paysagers. Dans sa première phase d’ouverture, le site se répartira sur 259 ha.

De quelle manière avez-vous bâti ce concept éco-touristique ?

Nous avions trois principes : l’efficacité énergétique, un bilan carbone positif et un recours aux énergies renouvelables (EnR). À partir de là, nous avons conçu un plan d’action durable avec l’appui des ONG WWF et One Planet Living, qui nous a d’ailleurs permis d’être inscrit au programme des Nations Unies en 2013 en tant que destination participant au développement durable.

En ce qui concerne le recours aux énergies renouvelables, le choix de la géothermie s’est-il imposé immédiatement ?

Nous avons d’abord mené des études et analysé les différentes solutions. Villages Nature ne se trouve pas à proximité d’un grand centre de production utilisant des EnR. En revanche, le génie du lieu fait qu’à 2 000 m sous terre, il y a ce qu’on appelle le Dogger, un aquifère géothermique particulièrement exploité en Île-de-France. Étant donné qu’il n’y avait pas d’autre source directement accessible et à un coût maîtrisé, nous nous sommes assez vite tournés vers la solution de la géothermie. De plus, celle-ci faisait écho à la dimension lacustre que l’on souhaite donner au site, via notamment l’Aqualagon.

Des études menées avec Cofely Réseaux ont prouvé la faisabilité d’un forage puisant une eau à 76 °C avec un débit suffisant pour couvrir les besoins du site en termes de chauffage, d’eau chaude sanitaire et d’eaux de baignade.

Où en sont vos travaux de forage ?

Le forage du puits producteur s’est terminé fin juillet et nous avons entrepris celui du puits injecteur qui devrait être finalisé courant octobre. Il faut savoir que nous ne prélevons pas l’eau du Dogger, mais uniquement sa chaleur grâce à des échangeurs thermiques qui sont en contact avec les réseaux de distribution. Les deux puits forment une boucle en circuit fermé. À la surface, ils se trouvent à dix mètres l’un de l’autre, mais en sous-sol, à partir de 200 m, nous inclinons les forages de façon à avoir 2 km entre le point de captation et le point d’injection.

Quelle est l’importance du réseau de chaleur constitué ?

Sur le site de Villages Nature, il s’agira d’un réseau de 18 km à la phase d’ouverture, avec une installation de 13,5 MW. Mais le réseau ne s’arrête pas à Villages Nature. Il s’étend sur 8 km vers le Nord, jusqu’à Disneyland® Paris, sur tout un espace que l’on appelle le secteur IV de de Marne-la-Vallée. Ce faisant, ce réseau va permettre non seulement de « verdir » la consommation des parcs Disney à hauteur de 40 %, mais aussi de faciliter la transition énergétique de tout un territoire qui comprend plusieurs zones en fort développement.

Votre solution géothermique s’inscrit-elle dans un mix énergétique ?

La géothermie va déjà nous permettre d’économiser 9 000 tonnes eq CO2 par an, en couvrant tous nos besoins en chaleur, mais nous travaillons sur d’autres projets, notamment à partir de la biomasse. Il existe en effet sur ce territoire très agricole un certain nombre de collecteurs de déchets. Nous souhaitons amplifier cette collecte et développer une unité de biométhanisation qui nous permettra de couvrir nos besoins en électricité. De la même manière que pour le réseau de chaleur, ce projet devra servir à l’ensemble du territoire et favoriser sa transition énergétique.

Par ailleurs, afin de réduire notre bilan carbone en phase travaux, nous avons privilégié, dès que l’offre était disponible, le recours aux entreprises locales, limitant ainsi les émissions de gaz à effet de serre dus au transport. C’est cette même volonté qui nous guidera, en phase d’exploitation, à faire une large part à la production agricole locale.

Enfin, en termes d’efficacité énergétique, et même si nous n’y étions pas tenus au moment où nous avons déposé nos permis de construire, nous avons conçu tous nos bâtiments et équipements en conformité avec la réglementation thermique 2012 (RT 2012).

Quel coût représente votre réseau de chaleur ?

L’investissement est de 41 M€, avec un abondement du Fonds chaleur de l’ADEME d’environ 9,5 M€. Par rapport à d’autres ENR, le coût de la géothermie présente aussi l’avantage, dès lors que l’on bénéficie d’un coup de pouce au moment de l’investissement, de s’équilibrer en phase d’exploitation. Nous avons créé une structure dédiée pour la conception et l’exploitation du réseau, dont Cofely, le concessionnaire, est actionnaire aux côtés d’autres financiers contributeurs.

Une destination comme Villages Nature est-elle transposable ailleurs ?

Couvrir un tel site grâce à la géothermie est une première en Europe. Villages Nature ne se serait pas fait si nous n’avions pas trouvé cette solution, si nous n’avions pas pu être le plus économe possible en termes d’émissions carbone. Car tout son principe tient à cette idée, phare et novatrice : une destination écotouristique. Pour répondre à votre question, nous ne pensons pas réaliser un autre Villages Nature en France ou dans un pays proche, de manière à ne pas « canibaliser le produit ». Ailleurs, au Canada ou en Asie, c’est envisageable. Mais cela ne se fera qu’en cohésion totale avec le génie du lieu, en respectant l’existant et les mêmes principes qui nous ont guidés ici. Ce ne sera donc pas forcément avec de la géothermie.

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