Mickaël Foirest : l’extension du réseau de chaleur au Havre

Le réseau de chaleur nord-ouest du Havre s’est étendu en septembre 2014 avec l’arrivée dans le quartier Mont-Gaillard d’une chaudière bois pour augmenter la capacité du réseau mais aussi réduire l’impact sur l’environnement. Mickaël Foirest, chef du service énergie à la Ville du Havre, a accepté pour DHC News de retracer l’historique de ce projet, sa logique et l’ambition de la ville pour son futur énergétique.

Entretien avec Mickaël Foirest : l'extension du réseau de chaleur du Havre

Pouvez-vous nous parler de l’évolution du réseau de chaleur nord-ouest du Havre ces dernières années ?

Historiquement, nous avions trois chaudières bi-énergie : gaz et fioul, rassemblées dans une seule et même chaufferie. Depuis 2001, nous bénéficions aussi d’une cogénération composée de 3 moteurs Waukesha. En 2008, plusieurs réflexions ont été menées sur les sujets de l’énergie renouvelable, les réseaux vertueux et les réseaux bois. Notre contrat de rachat d’énergie électrique cogénérée avec EDF arrivait à terme en 2013. Nous avons fait une étude de perspective et de raccordement, et nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une opportunité pour étendre le réseau et le rendre plus propre. COFELY a remporté l’appel d’offre de ce projet en 2011.

Nous sommes désormais équipés d’une chaudière bois de 12 MW et nous avons remplacé les trois chaudières gaz par des chaudières gaz neuves. La cogénération a également été renouvelée avec le remplacement des moteurs Waukesha par trois moteurs Junbacher. De plus, nous devrions raccorder au réseau, dans les semaines à venir, une chaudière bois de 1 MW dans le quartier Sainte-Catherine.

Si l’on prend en compte les quartiers concernés par l’extension du réseau (la Mare Rouge, le parc Montcalm et le quartier Sainte-Catherine), cela représente 10,5 km de réseau supplémentaire pour tous les nouveaux abonnés. C’est un investissement de 25 millions d’euros dont 3,1 millions d’euros de subvention par l’ADEME. C’est donc une rénovation totale de l’outil.

Comment s’est organisé ce projet d’extension du réseau de chaleur nord-ouest ? Quels étaient l’objectif, la motivation et les perspectives ?

Nous avions deux objectifs principaux : faire baisser le coût de l’énergie et réduire l’impact carbone. Notre coût d’énergie était au dessus de la moyenne des prix du réseau de chaleur en France, il était donc primordial de faire de bons investissements sur la durée et de baisser le tarif du mégawatt/heure. Concernant l’impact carbone, nous souhaitions obtenir un réseau vertueux, respectueux de l’environnement. Un assistant de maîtrise d’ouvrage nous a accompagné. Nous avons finalement atteint notre objectif de 64 € TTC du MWh ; un prix en dessous de celui du gaz collectif. Il était important d’obtenir le coût d’énergie le moins cher du territoire pour pouvoir le développer. Il fallait être attractif pour les consommateurs.

Concernant le calendrier, les premières réflexions datent de 2008, un appel d’offre a été réalisé en 2011 et le projet a été attribué à COFELY en mars 2013. Les travaux ont débuté en novembre 2013 avec les premières fouilles. Il nous reste des travaux dans les sous-stations, qui doivent être rénovées d’ici fin décembre. Après la mise en service de la chaufferie à bois en septembre, nous sommes désormais dans la dernière phase du chantier et nous raccordons les derniers abonnés. Avec ce projet, nous sommes passés de 3 500 à  6500 équivalents-logements.

Entretien avec Mickaël Foirest : l'extension du réseau de chaleur du Havre

Quelle est l’apport de cette chaufferie à bois installée pour étendre le réseau, sur le plan de l’impact carbone ?

La ville s’est fixée l’objectif d’atteindre au moins 60 % de couverture de chaleur par le bois sur le réseau de chaleur. Ce projet sur le réseau du Mont-Gaillard représente une économie de 462 000 tonnes de CO2 sur 24 ans au niveau du territoire. Cela équivaut à 15 700 voitures qui parcourraient 15 000 km par an. L’objectif de mixité pour le Mont-Gaillard est donc 60 % de couverture par le bois, 35 % par la cogénération et 5 % par la chaufferie gaz.

De plus, la ville s’est fixée un objectif de réduction de ses rejets carbone pour ses bâtiments. Elle compte ainsi respecter les obligations du Grenelle de l’environnement : réduire ses émissions de CO2 de 3,2 % d’ici 2020. Avec un peu plus de 30 bâtiments communaux raccordés au réseau, le projet du Mont-Gaillard contribue à cet objectif.

Y a-t-il des projets d’ores et déjà prévus concernant le réseau de chaleur au Havre ?

Sur Mont-Gaillard, tout est déjà fait. Nous avons un second réseau au Havre dans le quartier Caucriauville. La date anniversaire du contrat est 2016. Nous menons donc actuellement plusieurs réflexions sur cette installation : son extension, la réduction de l’impact carbone… Nous étudions aussi la question d’un réseau plus petit en ville basse, peut-être avec la géothermie.

Je pense que les réseaux de chaleur sont de très bons outils environnementaux. Chez un particulier, changer de chaudière ou installer de l’énergie renouvelable peut être compliqué et onéreux. Sur un réseau de chaleur, la mutualisation des sites de production permet de réduire les rejets dans l’atmosphère, les coûts d’investissement. Cela permet également de s’adapter aux nouvelles réglementations et technologies et de proposer plusieurs sources d’énergies afin de réduire le montant de la facture au final. Si nous pouvons étendre le réseau de chaleur du Havre, nous le ferons.

Source de l’image : Laurent Bréard, Ville du Havre

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